
Interview d’un météorologue, Thomas Abinun de Météo France en Nouvelle Calédonie
« Nous sommes dans une augmentation des extrêmes. Ainsi un lieu sec verra une augmentation des sécheresses, un lieu qui possède une humidité naturelle verra une augmentation des précipitations.«
Contrairement aux températures des régions polaires qui évoluent rapidement, les températures dans les tropiques évoluent lentement. Ces températures sont présentes néanmoins dans des régions aux climats tropicaux ou subtropicaux où le taux d’humidité est élevé. Ce taux d’humidité a tendance à rendre la température moins supportable que dans les pôles. Avec 100% d’humidité dans l’air, la sueur issue de la transpiration qui est sensée nous rafraîchir en s’évaporant ne peut plus assurer sa fonction. Donc, dès que la température extérieure passe au-dessus de la température corporelle, celle-ci suit et l’organisme peut vite se sentir mal.
Les manifestations du changement climatique changent en fonction des lieux sur terre et des conditions climatiques associées à celles-ci. Les évènements climatiques déjà existants vont se renforcer. La Nouvelle-Calédonie subit des conditions assez diversifiées d’une année et d’une saison à l’autre. Par conséquent, les relevés de certaines stations de la côte Ouest indiquent que les saisons sèches tendent à devenir plus sèches et les saisons humides tendent à devenir de plus en plus pluvieuses.
« Le fait d’être sur une île est à la fois un avantage et un inconvénient »
L’inconvénient est la grande émission de CO2 créée par les activités d’importations obligatoires à cause du statut d’île. Le fait d’être sur une île est donc, dans un sens, un frein à la réduction d’émission de CO2. Ainsi, la Nouvelle Calédonie est le pays le plus émetteur de CO2 tous états confondus après le Qatar (1ere position). Ce classement est réalisé en observant les émissions de CO2 par an et par habitant. Ce qui pourrait néanmoins rendre service, c’est que la Calédonie posséde un climat subtropical et que celui-ci va tempérer la montée des températures. Malgré le fait que les températures seront moins extrêmes, nous sommes sur une île tropicale et l’humidité peut vite rendre ces températures moins supportables (à mettre en lien avec l’explication du premier paragraphe).
« Ainsi contrairement à ce que l’on peut penser ce n’est pas par ce que la température de l’eau va augmenter que les cyclones seront plus nombreux. »
En effet, la température de l’atmosphère va elle aussi augmenter, ce qui crée un cisaillement de vent. Il s’agit de la différence du vent au sol et du vent en altitude. Nous pouvons parfois voir que les nuages au sol et en altitude ne vont ni dans la même direction ni à la même vitesse. Afin qu’un cyclone se déclenche, il ne faut pas de cisaillement, il faut que le vent au sol et en altitude aille à la même vitesse dans la même direction et idéalement qu’il soit faible. Mais à l’avenir, la température atmosphérique augmentera, donc le cisaillement augmentera.
Ainsi alors que l’augmentation de la température de l’eau sera favorable à l’augmentation du nombre de cyclones, l’augmentation de la température de l’atmosphère s’y opposera grâce au cisaillement. Donc la grande question est de savoir lequel des deux facteurs l’emportera ou s’ils s’équilibreront. Actuellement, si on regarde le passé, on constate que les cyclones forts sont de plus en plus nombreux et les cyclones faibles de moins en moins nombreux, ce qui fait que le nombre global de cyclones n’est pas de plus en plus important.
« Afin d’avoir une vue d’ensemble sur l’évolution du climat il faut faire coopérer différents horizons. »
Prenons l’atmosphère, les océans, les calottes glaciaires, les montagnes et la végétation, par exemple. C’est seulement lorsqu’on réunit tous ces éléments et qu’on établit les connexions entre eux qu’il devient possible de modéliser les environnements. Le GIEC rassemble par exemple, beaucoup de scientifiques qui viennent d’horizons différents, ceux de la physique mais également ceux des sciences sociales. En effet, il est important de pouvoir modéliser des comportements sociaux dans le futur pour anticiper le type de vie, d’activités que nous mènerons. Les économistes permettent également de déterminer quel type de consommation on aura dans le futur.
Des solutions en Nouvelle Calédonie
« Il n’y aura pas de solution unique, il en faudra une multiplicité. »
Arriver à un carbone nul impliquerait de changer les moyens de production d’énergie, de changer nos habitudes de consommation. Ainsi avec la mondialisation, les personnes possèdent de plus en plus de biens polluants.
Prenons l’exemple des voitures. En considérant le nombre de personnes qui vont en travail en voiture, avec une personne dans des voitures qui font de 1 à 4 tonnes, on s’aperçoit que l’émission de CO2 est énorme. De plus, si l’on fait la part entre le poids de la voiture et le poids de l’individu, transporté, ce n’est absolument pas rentable. Le transport collectif peut être une solution, se mettre à deux par voiture divise par deux l’émission de CO2 (pas exactement mais c’est l’idée). Avoir une voiture deux fois plus légère peut également être une solution.
L’énergie renouvelable est pour certains pays une option franchement non réaliste à cause de la demande et du manque d’espace. La Nouvelle Calédonie a, quant à elle, la chance de présenter de nombreuses sources d’énergie renouvelable (vent, soleil).
Des prévisions pour le monde
Pour compléter cette interview, je suis allé sur le site du Ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Energie.
Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a été créé en 1988 par l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) pour évaluer les fondements scientifiques du changement climatique.
Le GIEC est aussi chargé d’estimer les risques et les conséquences du changement climatique, d’envisager des stratégies d’adaptation aux impacts et d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre. L’une des principales activités du GIEC consiste à procéder, à intervalles réguliers une synthèse des travaux de modélisation économique qui conduisit à définir un ensemble de scénarios d’évolution possible de nos sociétés et modes de vie, prenant en compte des choix en matière d’énergie et de rapports à la mondialisation. Ces scénarios sont appelés SRES (du nom du rapport spécial publié en 2000 pour les présenter, Special Report on Emissions Scenarios)
Les scénarios SRES définis par le GIEC à la fin des années 1990 ont été diffusés en 2000. Depuis, le contexte socio-économique mondial a sensiblement changé.
Par exemple, il n’avait pas été envisagé à l’époque la possibilité d’un développement aussi rapide des pays émergents. Dans le même temps, les projections démographiques globales ont été revues à la baisse, de 14 milliards d’humains à 10 milliards à l’horizon 2100. Ces quinze dernières années ont aussi vu, à l’échelle mondiale, l’adoption de politiques climatiques dont il est désormais nécessaire d’intégrer les effets sur la réduction des émissions de gaz et les rétroactions en terme d’impacts et d’adaptation pour les systèmes considérés. Ces mécanismes n’étaient pas inclus dans les scénarios précédents. Le GIEC a décidé de définir des nouveaux scénarios pour mieux prendre en compte ce nouveau contexte et permettre aux économistes et aux climatologues de ne plus travailler de manière séquentielle mais parallèle.
Enfin, contrairement aux scénarios SRES, ces nouveaux scénarios ne sont pas définis par le GIEC lui-même, mais ont été établis par la communauté scientifique pour répondre aux besoins du GIEC.

Les profils représentatifs d’évolution de concentration (RCP : representative concentration pathway) sont des scénarios de référence de l’évolution du forçage radiatif sur la période 2006- 2300. Le forçage radiatif, exprimé en W/m2, est le changement du bilan radiatif (rayonnement descendant moins rayonnement montant) au sommet de la troposphère (10 à 16 km d’altitude), dû à un changement d’un des facteurs d’évolution du climat comme la concentration des gaz à effet de serre. La valeur pour 2011 est de 2,84 W/m2
Sources : Ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Energie
Une base de donnée recensant des types de temps, a quoi ça sert ?
Thomas est météorologue à Météo France, il travaille à la division climatologie. Celle-ci traite tous les sujets relatifs au climat, il s’agit de l’évolution du temps sur une échelle de temps donnée (quelques mois à plusieurs années). Les projections climatiques ne sont pas effectuées par Météo France NC mais par des chercheurs spécialisés à Toulouse en France. Les prévisions saisonnières sur quelques mois ainsi que les bilans climatiques (l’analyse des temps passés afin de mieux le prévoir dans le futur) sont réalisés par Météo France en Nouvelle Calédonie.
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