Ports propres, conscience claire : L’engagement de la SODEMO pour des ports écologiques

Interview de Sébastien FELLMANN directeur des ports de la SODEMO. La Société d’Economie Mixte de la Baie de la Moselle : ports de plaisance et technique.

Quels sont les ports gérés par la SODEMO et quel est son champ d’action ?

Le champ d’intervention de la SODEMO se limite à la province Sud. Notre port le plus éloigné est Port Boulari. Nous gérons également Port Moselle, Port Brunelet, Port Garnier et Nouville Plaisance

Cependant, cela ne nous empêche pas de réaliser des missions de conseil. Par exemple, nous sommes intervenus à Koumac. Nous avons apporté des conseils en termes de gestion et d’aspects humains et techniques. Nous avons également réalisé des missions pour la province des Îles et pour l’Île des Pins.

En parlant du port de Koumac et de vos missions de conseils, est-ce que vous avez des coopérations avec d’autres ports hors SODEMO, peut être dans le domaine de l’écologie ?

Nous partageons nos actions écologiques sur nos cinq ports et essayons de les promouvoir à travers nos réseaux.

Cependant, jusqu’à présent, aucun autre port, que ce soit au CNC ou port du Sud ou autre, n’a manifesté d’intérêt pour les actions menées à notre échelle.

Par exemple, nous avons installé des filets à macro-déchets à Port Moselle pour filtrer les eaux qui descendent de la ville. Personne ne nous a encore demandé comment cela fonctionne, qui l’a fait, combien de tonnes de déchets ont été collectées, etc.

Il y a pourtant pleins d’enjeux, comme au niveau du littoral de Nouméa ou de ses environs par exemple. Ces zones concentrent beaucoup de populations et donc beaucoup de déchets. Il pourrait être pertinent d’installer ces filets dans des endroits non portuaires, mais gérés par la ville, un restaurant, ou d’autres entités, pour qu’ils puissent les mettre en place et contribuer à la gestion des déchets.

Quelle est la responsabilité de la SODEMO en cas de pollution causée par un bateau ?

« Lorsqu’un bateau pollue accidentellement hors de l’enceinte du port, c’est la responsabilité du propriétaire du bateau. »

Si le réservoir d’un bateau fuit à l’intérieur du port et que nous savons que ce n’est pas volontaire alors c’est nous qui essayons de contenir le polluant autour du bateau en utilisant des boudins absorbants et autres mesures. Cependant, dans aucun cas nous n’avons de pouvoir de sanction. Personne à la SODEMO n’est habilité à infliger une amende ou à rompre un contrat en cas de pollution volontaire.

Comme je l’ai dit, en dehors du port, la responsabilité incombe entièrement au propriétaire du bateau. Par exemple, si un client vide ses eaux noires et grises en pleine mer, personne ne le saura, et cela sera entre lui et sa conscience. Le gouvernement a récemment mis en place une nouvelle réglementation pour la gestion des eaux noires et grises à bord des bateaux.

« Les bateaux de plus de 9 mètres doivent désormais s’équiper de cuves pour Les eaux noires et grises.« 

C’est une contrainte financière et logistique pour les propriétaires de bateaux, car cela nécessite de la place sur le bateau et des installations pour vider ces cuves. Cependant, cette mesure est nécessaire pour protéger le lagon à long terme. En Australie, par exemple, les autorités mettent un sceau sur les cuves à eaux noires et grises pour s’assurer qu’elles ne sont vidées que dans des stations de pompage prévues à cet effet. Si ce sceau est enlevé, le propriétaire du bateau est pénalisé.

En Nouvelle-Calédonie, nous avons des solutions à Port Moselle où un camion de pompage vient vider les cuves à eaux noires et grises. Nous réfléchissons également à installer une station de pompage permanente à Port Moselle pour faciliter ce processus pour nos clients. Cette station permettra de collecter les eaux noires et grises, qui seront ensuite traitées de la même manière que les eaux usées des maisons et des appartements.

Tout à l’heure vous aviez parlé de macrodéchets, quelles sont les problématiques environnementales qui se posent à Port Moselle ?

À Port Moselle, entre le marché, le « Bout du Monde » et les pontons, nous avons quatre exutoires qui déversent l’eau de pluie provenant du quartier latin jusqu’à Port Moselle.

Lors de fortes pluies, les déchets que les gens jettent dans les exutoires de la ville se retrouvent dans le port.

Imaginez, en tant que client de Port Moselle, voir des bouteilles flotter dans l’eau. Ce n’est pas idéal ni pour l’aspect visuel ni pour la protection de l’environnement, et cela affecte également la qualité de l’eau.

Pour résoudre ce problème, nous avons installé quatre filets pour retenir ces déchets. Le nombre de déchets collectés chaque mois varie, car les gens ne jettent pas toujours les déchets au même rythme. Les déchets jetés au niveau du quartier latin ne sont transportés dans Port Moselle qu’en cas de fortes pluies, qui ravinent et nettoient tous les réseaux d’eau, aboutissant finalement dans le port.

Ces déchets se retrouvent piégés dans les filets. L’entreprise qui a créé et installé les filets propose également une prestation de maintenance pour la SODEMO. Elle vient vérifier trimestriellement que les filets et leur structure sont en bon état. Lors de fortes pluies, nous les appelons pour collecter les déchets.

En 2023, nous avons collecté entre 2 et 2,5 tonnes de déchets, comprenant des canettes de bière, des bouteilles en plastique, des feuilles et divers autres déchets.

L’entreprise collecte les déchets avec son camion, nettoie les filets et essaie de trier les déchets autant que possible. Les bouteilles en plastique non trop souillées, pouvant être recyclées, sont envoyées dans des points de collecte, tout comme le verre. Les déchets verts sont envoyés à la déchetterie classique. Cette gestion des déchets est bien rodée et en place.

Les problématiques environnementales diffèrent entre les ports

Quel est l’impact de ces déchets sur la biodiversité du port ?

Nous analysons nos eaux de temps en temps et nous y retrouvons des métaux lourds. Ces métaux peuvent provenir du sol ou des bateaux eux-mêmes, car les produits utilisés pour l’antifouling (prévention de l’encrassement des coques) polluent les eaux du port. De plus il n’y a pas une grande circulation de l’eau dans le port, donc l’eau ne se renouvelle pas beaucoup.

Malgré cela, nous avons une qualité d’eau relativement bonne. Par exemple, le long du quai, on peut voir des coraux en bonne santé, et il y a une faune et une flore assez riches. Nous avons même une tortue qui s’est sédentarisée au niveau de la station et qui vit là depuis des années.

Ce n’est donc pas catastrophique, mais ce ne sont pas non plus les eaux cristallines du lagon. On reste dans un port. Nous essayons de faire en sorte que, par exemple à Port Moselle, les gens qui vivent à bord n’utilisent pas les machines à laver ni les douches, ou, s’ils les utilisent, qu’ils le fassent avec des produits non polluants en termes de savon, etc. Après, cela dépend de la conscience de chacun. Certains joueront le jeu, d’autres non, et là-dessus, nous n’avons pas vraiment notre mot à dire. Le contrôle est un peu délicat.

Concernant la qualité de l’eau, pourrait-elle se dégrader complètement ?

Nous sommes loin d’avoir une eau avec une turbidité totalement instable et catastrophique. Cependant, il y a des différences de qualité entre les ports. Par exemple, à Port Brunelet, on peut voir le fond de l’eau, qui n’a que 5 ou 6 mètres de profondeur. Les plongeurs préfèrent plonger à Port Brunelet plutôt qu’à Port Moselle, car c’est plus agréable.

Pour améliorer la situation à Port Moselle, nous avons lancé une campagne en 2018 ou 2019 sur environ 200 m². Nous avons utilisé des enzymes qui décomposent les sédiments au fond du port.

Les enzymes, testées en Australie et importées de Métropole, ont aidé à réduire l’envasement de 20 à 30 cm. Le principe de ces enzymes est qu’elles mangent les sédiments qui sont au fond de l’eau.

Ces sédiments arrivent avec les exutoires dont je parlais tout à l’heure et qui charrient toute une partie de poussière fine qui arrive dans le port et participent à un envasement. Gérer l’envasement et les boues est compliqué en raison des réglementations environnementales strictes. Faire sortir les boues avec une barge, les aspirer, les faire sécher et les traiter est un processus coûteux et complexe. Utiliser des enzymes a été une solution moins contraignante financièrement et au niveau logistique.

Comment voyez-vous l’évolution des problématiques environnementales dans les années futures, notamment si le nombre de bateaux augmente ?

Alors déjà nous espérons que le nombre de bateaux augmentera dans les années à venir, car nous traversons actuellement une période économique compliquée. Aujourd’hui, nous observons une tendance baissière, mais nous restons optimistes quant à une reprise des ventes de bateaux.

Si cela devait arriver notre principal objectif sera de communiquer encore plus avec nos clients. Nous utilisons déjà nos réseaux sociaux, comme Facebook et LinkedIn, pour les sensibiliser.

De plus, une augmentation de la population signifie forcément plus de contraintes et plus de déchets à gérer. À Port Moselle, nous exploitons déjà le maximum de notre capacité avec 700 places de ponton. Nous ne pouvons plus augmenter le nombre de pontons. Si demain, il y a une augmentation du nombre de bateaux, il pourrait être nécessaire de créer une nouvelle marina. Cette nouvelle marina ne sera pas forcément gérée par la SODEMO, mais l’exploitant devra mettre en place des mesures similaires à celles que nous avons mises en place à Port Moselle pour empêcher les déchets de finir dans le lagon.

Notre priorité est de contenir les déchets générés par nos clients dans le port, pour qu’une fois collectés, ils soient correctement traités par des filières appropriées. Cela peut changer les usages et les pratiques des usagers.

Par exemple, vivre sur un bateau à Port Moselle devient un véritable mode de vie. Cependant, la qualité de vie et les exigences ne sont pas les mêmes que dans une maison ou un appartement.

Cette situation est due en partie à la rareté du foncier à Nouméa, mais elle présente aussi des avantages. Par exemple, les résidents peuvent déplacer leur « maison » le week-end et explorer le sud, le nord ou les îles. Cela change les usages, mais apporte également de la flexibilité et des possibilités uniques. Oui, cela peut certainement impacter les habitudes et les modes de vie des usagers.

La foule maritime fait-elle communauté ? ⛵️🛳🚤

Vous avez dit que les capacités de Port Moselle sont déjà étendues au maximum. Est-ce que Port Moselle dispose encore de suffisamment d’espace pour accueillir de nouvelles installations. ?

Alors nous ne pouvons pas nous agrandir indéfiniment, mais nous avons encore des espaces disponibles. Nous mettrons autant que possible et autant que nécessaire des espaces à disposition pour mieux trier, collecter et gérer nos déchets.

Par exemple, la station de pompage pour les eaux noires et les eaux grises dont je parlais pourra être installée sur la digue de Port Moselle, près de la station. Même si l’espace est limité, nous trouverons l’emplacement adéquat car cela semble nécessaire.

Y a-t-il une politique d’entreprise au niveau des agents de la SODEMO ou des partenaires également ?

Nous mettons en place d’autres actions de manière concrète et continue. Par exemple, le label Pavillon Bleu nous a permis de nous tirer vers le haut avec des actions de sensibilisation pour nos clients, via des vidéos, mais aussi en interne. Ainsi nous formons nos équipes aux éco-gestes, non seulement pour leur usage personnel mais aussi pour les dupliquer au sein de l’entreprise.

Au niveau environnemental, la gestion est plus compliquée avec des entreprises qui utilisent des produits qui sont néfastes à l’environnement.

Ainsi sur le site de Nouville Plaisance, qui est une concession normée ICPE (Installations Classées pour la Protection de l’Environnement), nous devons collecter et traiter les déchets et les eaux de ruissellement, souvent très polluées par des produits nocifs utilisés par les entreprises qui y interviennent. Nous nous assurons de les collecter correctement pour les garder à terre et éviter qu’ils ne contaminent l’environnement.

Est-ce que vous effectuez un suivi de l’avenir de toutes ces matières polluantes qui sont émises par les bateaux et les ports ?

Une fois que les déchets sont collectés, nous les confions à des filières bien organisées pour le traitement du carton, du verre, des batteries, etc.

Nous faisons confiance à ces prestataires locaux pour gérer correctement ces déchets. Par exemple, nous sommes certains que les batteries ne finiront pas au fond du lagon. Nous ne suivons pas chaque déchet de A à Z, mais nous savons que les organismes avec lesquels nous travaillons sont bien structurés.

Ainsi ce sont eux qui nous fournissent les bacs adéquats pour récupérer ces batteries, en évitant que des acides ou d’autres substances dangereuses ne s’échappent.

La protection environnementale n’est pas seulement inscrite dans l’ADN de la SODEMO, c’est aussi un vrai cheval de bataille pour nous.

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