L’écologie associative, ou le bon investissement pour un héritage durable !

Thibaut Bizien, chargé de mission chez Caledoclean, nous explique comment l’écologie est abordée par l’associatif et pourquoi elle est si importante dans la société civile.

LCVE : Pouvez-vous nous présenter Caledoclean ?

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LCVE : Quels sont les moyens et les acteurs que Calédoclean peut mobiliser pour réaliser des projets écologiques ?

Thibaut Bizien : Dans le cadre de la mise en place d’un projet, il y a des moyens financiers à mettre en oeuvre. Par exemple, il faut financer les arbres, les hydrorétenteurs, le terreau, le paillage dans le cadre d’une opération de reforestation. Il faut également payer les moyens humains. En effet, en plus d’une équipe de bénévoles, Caledoclean dispose d’une équipe salariée. Les bénévoles, cependant, jouent un rôle primordial. Ils font des actions (plantation d’arbres, collectes de déchets) et ils alimentent également toute une communauté (amis, collègues, familles) et attirent l’attention sur des problèmes écologiques.

La sensibilisation passe principalement par les actions sur le terrain. Il est très important de mobiliser les personnes. Inspirer du militantisme chez les gens pour qu’ils s’impliquent dans des actions et donc qu’ils se questionnent sur leur environnement, sur l’impact des activités humaines et sur les solutions possibles à l’échelle individuelle et collective.

« Les bénévoles participent à la sensibilisation et au partage en fédérant autour de leurs engagements. »

Leur profil est forcément celui de personnes déjà sensibilisées aux questions écologiques. L’objectif de Calédoclean est également de « démarcher » des populations qui ne seraient pas forcément venues d’elles-mêmes. C’est le cas de personnes qui, soit, sont peu sensibles aux problèmes climatiques, soit y sont sensibles mais non encore militantes. Caledoclean collabore donc avec des établissements scolaires, des universités, des entreprises etc.

De nombreux acteurs entrent également en jeu, c’est le cas des entreprises. Celles-ci sont très importantes car elles jouent le rôle de mécènes en finançant des projets. Elles mobilisent également leurs salariés et peuvent mettre à disposition des moyens humains et matériels utiles. Les institutions, quant à elles, délivrent des autorisations et des subventions. La société civile, les entreprises et les institutions collaborent donc dans la mise en oeuvre de projets en lien avec l’écologie.

Quand les entreprises mettent en place une politique RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises), elles ont pour objectif de réaliser des missions écologiques. Collaborer avec Caledoclean est donc un moyen de valoriser leur RSE. Caledoclean quant à elle, a une volonté de collaborer avec des entreprises sincères dans leurs démarches.

Est ce que l’on peut dire que le public calédonien est engagé en matière d’écologie ?

TB : On peut en effet voir une prise de conscience de plus en plus importante dans la société civile, un changement qui en fait, n’affecte pas uniquement la Nouvelle Calédonie mais le monde entier. Il y a un développement des domaines liés à l’écologie qui est désormais une science, des initiatives entrepreneuriales… En réalité, à ce niveau-là, le regard qui est posé sur l’écologie a évolué. De plus en plus de personnes se dévouent à des causes et deviennent militantes.

« Il y a donc un grand problème mais peu ou pas assez de mobilisation »

Mais en étant tout à fait honnête avec soi-même, la marge de progrès reste large. Il y a en effet un énorme décalage entre l’intensité de l’urgence climatique et la façon dont l’humain s’inscrit dans l’action écologique.

Le manque de mobilisation ainsi observé, ne concerne d’ailleurs pas que la population. Les changements des pratiques en faveur de l’écologie, pour se concrétiser, ont besoin de décideurs qui se sont imprégnés des causes environnementales. Ces causes ne sont pas des causes idéalistes, loin de là ! Ce sont aujourd’hui des nécessités pragmatiques pour conserver un bien être et un avenir possible et vivable dans les prochaines décennies.

LCVE : Comment, à votre échelle, constatez-vous le changement climatique en Nouvelle Calédonie ?

TB : Alors tout d’abord il y a les changements de saisons. Ça passe par des températures plus importantes ou plus froides que les saisons précédentes. Les saisons se décalent, on peut donc sentir les saisons des pluies comme les saisons sèches gagnent en intensité. Le domaine de l’agriculture et de l’accès à la nourriture est particulièrement impacté. On voit par exemple des inondations plus importantes que la normale. Il y a aussi des arbres fruitiers qui ne fructifient plus à la même saison, ou même plus du tout dans certains cas.

(voir pour plus d’information l’article : « Le climat calédonien face au changement climatique / Interview d’un météorologue, Thomas Abinun de Météo France en Nouvelle Calédonie»)

LCVE : Quelles sont les solutions possibles au changement climatique et sont-elles applicables en Nouvelle Calédonie ?

De nos jours, le discours écologique est axé principalement sur le changement climatique et la décarbonation. Il est vrai que ces deux thèmes revêtent une grande importance, car le changement du climat va forcément créer de nombreuses problématiques. Quant à la décarbonation, il s’agit de l’objectif de diminuer nos émissions de gaz à effet de serre.

« Pourtant lécologie ne doit pas être réduite à un changement climatique ou à une décarbonation. »

Ainsi, il faut mettre en place de véritables stratégies d’adaptation face aux différentes conséquences du changement climatique car celui-ci est une réalité. Certes, décarboner et diminuer notre impact sur le changement climatique est important mais il faut aussi se préparer à y faire face car le phénomène va de toute façon s’installer.

Il faut donc mettre en place des stratégies dans le domaine agricole, par exemple, qui permettent de se montrer plus résilient et résistant face aux inondations, aux sécheresses, aux changements de saisons… Il est impératif dans tout projet moderne de garder en tête que le climat change, que les phénomènes météorologiques sont de plus en plus intenses. C’est particulièrement vrai dans les domaines de l’aménagement, c’est-à-dire la manière dont on pense les villes, les axes de circulation, toutes les constructions en elles-mêmes. Les constructions doivent être plus solides, plus adaptées.

« Le changement climatique est souvent évoqué mais la pollution et donc la destruction de la vie sous toutes ses formes, l’est moins. »

Une autre situation importante à soulever en dehors du changement climatique c’est la question de la ressource, la manière dont on la gère et comment nous évitons une pollution importante de notre environnement. De nos jours nous produisons trop de déchets qui se retrouvent par la suite non traités dans la nature. Il faut donc limiter le nombre de ces déchets que nous ne parvenons pas à gérer, souvent des produits à usage unique. Il faut par exemple éco-concevoir, c’est à dire prévoir la réutilisation des matériaux de nos déchets de sorte à éviter le gaspillage.

« On a tous un intérêt dans la prise en compte de l‘importance du changement climatique. »

Toutes ces solutions nécessitent une transformation profonde de nos modes de fonctionnement car il faudrait développer une économie beaucoup plus stable que l’actuelle. Celle-ci devra servir à assurer le développement des dispositifs et des solutions afin de nous permettre de réagir face au changement climatique. Il faut donc une stratégie d’adaptation particulièrement globale.

LCVE : Est ce que la société Calédonienne est-elle prête à l’adaptation nécessaire pour résister au changement climatique ?

TB : Il y aura toujours des personnes qui se lanceront de plein gré et en étant convaincues de la nécessité de leurs actions. D’autres personnes n’y iront pas de leur plein gré.

 » La planète ne leur laissera pas le choix, le changement climatique s’impose à nous. »

Par exemple, dans le cas de sécheresses qui ne permettront pas à la population d’avoir une « sécurité alimentaire », celle-ci sera dans l’obligation de changer son modèle agricole. L’action vers des solutions sera chaque fois initiée par des personnes convaincues et engagées puis s’étendra aux autres.

LCVE : Un éco-message ?

TB : De nos jours, le problème climatique est forcément très anxiogène à cause de ses impacts. Ce sont des sujets sensibles, parfois difficiles à entendre malgré le nombre considérable d’évidences quant à la réalité des perturbations à venir. Mais l’écologie et les actions en sa faveur doivent être au service du bien être de la population. Il s’agit de partir de constats alarmants pour au final aboutir à des solutions améliorant les conditions de vie des populations, en développant leur intégration dans les eco-systèmes en détresse dont elles sont issues.

« Les actions peuvent paraître difficiles au début mais leurs impacts sont bénéfiques pour l’environnement comme pour les populations »

Les actions écologiques devraient permettre d’avancer avec davantage de bien-être, d’équité, un meilleur accès à la ressource, une progression technologique qui n’affecte pas négativement nos environnements.

LCVE : Alors restons confiants ! Mais engagés. Merci Thibault.

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