Bernard Creugnet, PDG de TRECODEC, engagé dans la gestion de fin de vie des déchets, a accepté d’échanger sur le processus de recyclage dans lequel s’engage la Nouvelle Calédonie et les freins auxquels l’insularité nous confronte.
Conservation des ressources naturelles, limitation de la pollution, économie d’énergie, les multiples atouts du recyclage ne sont plus à prouver. Mais comment à l’échelle de notre île, alors que nous n’échappons pas plus qu’ailleurs à la surconsommation, pouvons nous envisager un traitement des déchets raisonné et qui n’augmente pas l’émission de CO2 ? C’est tout le paradoxe écologique de l’insularité.
LCVE : Comment définiriez vous le recyclage ?
Bernard Creugnet : Le recyclage peut prendre plusieurs formes, l’économie circulaire en est une. C’est la production de matières premières secondaires. Cela consiste à démonter et à séparer les différents composants d’un objet – par exemple du cuivre, de l’aluminium, de la ferraille – et de les réutiliser dans la confection d’un autre objet. Il peut également y avoir une rentabilisation d’un déchet avec incinération et donc production d’énergie. C’est le cas des huiles par exemple, l’incinération se déroule dans un moteur. Il s’agit d’une technique adaptée à notre Territoire. Certaines ne le sont pas, dans le cas des huiles par exemple, des méthodes comme la régénération ne fonctionnerait pas. Le but du recyclage, c’est que l’environnement ne soit pas pollué par des déchets inertes ou, pire, des déchets dis dangereux. C’est le cas de l’huile par exemple, ainsi 1L d’huile déversé dans l’eau, c’est 1000m2 d’eau polluée.
LCVE : Comment sont traitées, par exemple, les batteries au plomb en Nouvelle Calédonie ?
BC : Concernant les batteries au plomb, il y a trois grands éléments, le plomb, le polymère, qui constitue l’enveloppe de la batterie et l’acide, sous forme de gel ou sous forme liquide. Lorsque cette batterie arrive sur l’unité traitement avant d’être envoyée sur la Corée – (trouvez l’explication dans la partie « Les filières de l’article ») – elle est broyée. Il s’agit d’un principe très répandu dans le recyclage. La batterie arrive ensuite sur une ligne de tri. Le polymère est souvent récupéré pour fabriquer d’autres batteries. L’acide est soit inerté donc neutralisé, soit réutilisé si sa qualité est suffisamment optimale. Le plomb est récupéré et réutilisé dans de nouvelles batteries. C’est la seule possibilité, car de nos jours, l’usage du plomb est très restreint et se limite aux batteries. Par exemple l’utilisation du plomb dans des tuyaux est proscrit à cause des risques sur la santé.
« Certaines filières de recyclage manquent de diversité. »
LCVE : Recycler en Calédonie, est-ce possible, rentable financièrement et écologiquement ?
BC : Pour certains types de déchets la quantité de déchets produits n’est pas suffisants pour rendre rentable l’ouverture d’une usine, ce qui force à l’export des déchets. Ainsi les filières de fin de vie de nombreux matériaux ne sont pas locales car la production de déchets n’est pas suffisante pour l’ouverture et le développement d’une industrie locale. La partie précédant le traitement, le démantèlement, etc… se déroule au niveau local, mais le traitement se déroule à l’étranger. Le but est de ne plus vendre un déchet mais vendre une matière première, par exemple il ne s’agit plus de vendre un frigidaire mais de vendre ses éléments séparés. 80% du frigidaire est recyclé, et 20% part à l’enfouissement désormais.
Certaines filières manquent de diversité. C’est le cas de la filière emballage. Dans celle-ci une sorte de plastique est particulièrement regardée. C’est le PET, composant principal des bouteilles en plastique. Mais pour les autres types d’emballages comme par exemple les emballages de lessiviels (lessives, shampoings, etc…) d’autres types de plastiques sont utilisés comme le PEHT, le PVC… Il existe au total quatorze types de plastiques. L’inconvénient est que non seulement ils se traitent différemment mais en plus il ne sont pas miscibles, c’est à dire qu’il est impossible de les mélanger. De nos jours il est impossible de recréer une bouteille en PET à partir de 100% de PET recyclé.
Il existe ainsi des types de déchets qui sont tout simplement non valorisables par rapport à notre niveau de technologie. C’est le cas des pare-chocs en plastique, des sièges… qui partent à l’enfouissement, celui-ci se déroule au niveau local.
« Beaucoup d’entreprises considèrent le recyclage comme une contrainte et non comme une solution«
LCVE : L’industrie a-t-elle un rôle à jouer dans le traitement des « futurs déchets » qu’elle produit ?
BC : Les industries sont soumises au REP (Responsabilité Elargie du Producteur) qui implique leur responsabilité dans la gestion des déchets que génère leur activité. Leur rôle pour mener à bien les actions de recyclages est bien sûre central car c’est elles qui déterminent les matériaux et les processus nécessaires à la réalisation d’un contenant et d’un contenu dans le cas des emballages. Ainsi il est important que celles-ci trouvent des avantages à adapter leurs produits pour le recyclage. Par exemple, la masse des emballages de pots de yaourts sont passés de 15g à 7g. Cela peut s’expliquer car les fabricants payaient le recyclage au poids, afin de réaliser des économies il était crucial de réduire le poids des emballages. Dans ce sens les règlementations sont également utiles face à beaucoup d’entreprises qui considèrent le recyclage comme une contrainte et non comme une solution.
le Problématique du traitement des batteries au lithium dans le cadre du STANC (Schéma de Transition Écologique en Nouvelle Calédonie)
Présentation du REP et rôle de l’entreprise TRECODEC dans son application.
La réglementation nommée Responsabilité Elargie du Producteur est une réglementation environnementale visant à responsabiliser les producteurs en tout genre par rapport à la gestion des déchets générés par leurs activités tout au long du cycle de vie de leurs produits. Ainsi les producteurs doivent prendre en charge la gestion de la fin de vie de leurs produits. Le rôle d’entreprises comme TRECODEC est de réaliser selon un cahier des charges provincial un plan de fin de vie des produits utilisable par les entreprises. TRECODEC gère également le lien entre les différentes entreprises de tri, coordonne et organise. Il fait appel à des sous traitants opérateurs.
Propos recueillis par Jean-Victor Colombani–Jaffré

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