
Un arbre qui meurt après avoir massivement fleuri et fructifié, comment c’est possible ?
Si les herbacées sont coutumières du fait, comme le bananier par exemple, qui est une plante herbacée géante, pour les arbres ramifiés ce comportement est relativement rare. Il concerne uniquement une vingtaine d’espèces sur environ 75 du genre Tachigali (Fabaceae) d’Amérique tropicale et 1 espèce sur 3 du genre endémique néo-calédonien Cerberiopsis (Apocynaceae).
Le Candelabre (Cerberiopsis candelabra) tout comme Tachigali versicolor (le Tachigali le plus docmenté) sont des espèces monocarpiques (mono = unique et karpos = fruit en grec). Elles ont été aussi qualifiées d’«arbre suicidaire ».
Le candélabre (Cerberiopsis candelabra), arbre dont la taille moyenne est d’une vingtaine de mètres, fleurit une seule fois à des âges et des tailles très variables et produit une très grande quantité de graines pour sa reproduction puis commence à dépérir et à mourir. La stratégie suicidaire des arbres, accompagnée d’une production abondante de semences puis de jeunes plants exposées à l’ensoleillement assurent la pérennité de l’espèce.
La monocarpie peut se définir ainsi : « Chez certaines espèces, la transformation du méristème apical en inflorescence terminale n’entraîne pas l’entrée en fonctionnement de méristèmes latéraux. Dans ce cas, aucune croissance végétative n’est possible après floraison et la mort de l’individu intervient. La monocarpie s’observe communément chez les plantes herbacées annuelles. » Cette définition de De Candolle (1818) a été reprise par Jean-Marie Veillon (1971) dans le premier article consacré à la biologie et à l’architecture de C. candelabra, publié dans la revue Adansonia

Photo IRD-Botanique
On peut trouver le Candélabre sur la Grande Terre, dans les massifs du Sud, en forêt dense humide. Vous le reconnaîtrez à sa structure en pyramide, semblable au chandelier le candélabre (d’où son nom). Il possède également de très grandes feuilles composées palmées groupées en bouquet à l’extrémité des branches. En outre il contient un latex blanc abondant, qui s’écoule à la moindre blessure.
Pour en savoir plus sur cette espèce originale de la flore endémique de la Nouvelle-Calédonie, vous pouvez consulter les travaux de recherches sur les traits fonctionnels de C.candelabra et sur l’évolution de leurs populations, réalisés par l’équipe de Jenny Read de Monash University (Melbourne) et par Camille Salmon du Cirad (Montpellier), avec dans les deux cas le concours de l’IRD à Nouméa.
Vous pouvez aussi pour faire vite, tout simplement vous référer au livre Florilège des plantes en Nouvelle Calédonie de Bernard Suprin Tome 1, chapitre Apocynacées. Sept pages sont consacrées aux Cerberiopsis avec une foule de renseignements et des photos magnifiques.

Il existe trois espèces dans le genre Cerberiopsis, dont une espèce arbustive (C.neriifolia) aux grandes fleurs blanches abondantes, commune sur serpentinites et sols magnésiens à la base des massifs miniers de la Côte Nord Ouest. C.obtusifolia, la troisième espèce est arborescente et relativement rare, visible au Sud Est de Thio, classée Vulnérable par le RLA (Red List Authority) de L’UICN pour la Nouvelle Calédonie. Pourtant seul le Cerberiopsis Candelabra est monocarpique.
La floraison ne semble pas liée à un cycle interne de la plante. Elle serait par contre déclenchée par des facteurs environnementaux, comme témoignent les floraisons massives et presque totales, de populations entières, à la suite d’ un passage cyclonique ou au cours d’un pic de sécheresse. Le phénomène étant dans ce second cas plus marqué sur les sols érodés que sur les sols alluviaux profonds mieux pourvus en eau.

Ce qui est incroyable c’est que la floraison peut intervenir sur des arbustes qui font moins de 3 m de haut. L’arbre se dessèche progressivement des branches vers les racines et il peut rester debout plusieurs années après l’a mort.
La stratégie suicidaire de C. candelabra, s‘accompagnant d’une production abondante de semences puis de jeunes plants exposés à un ensoleillement plus intense bénéfique, favorisé par la mort des arbres mères, ne répond t’elle pas aussi à la qualification de « stratégie d’abnégation » ? Le combat pour la vie (struggle for life) selon Darwin, emprunte des chemins variés. Dans le cas du C. candelabra, la stratégie mise en œuvre, sous la dépendance des traits fonctionnels de l’espèce, en harmonie avec le rythme et l’intensité des cyclones et des pic de sécheresse, n’est-elle pas sous la menace du changement climatique, susceptible d’engendrer des cyclones et des pics de sécheresse de fréquences et d’ intensités différentes ?
Le Cerberiopsis candelabra, original et fascinant, est loin de nous avoir livré tous ses secrets. Comme d’autres espèces de Nouvelle Calédonie, très originales à l’échelle mondiale, le C. candelabra ne mériterait- il pas des mesures de protection particulières ?
Article écrit par Jean-Victor Colombani–Jaffré

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