
Le point de vue d’un océanographe physicien de l’IRD,
Alexandre Ganachaud
« La conséquence la plus visible du changement climatique en Calédonie est le blanchissement des coraux »
C’est-à-dire que la température de l’eau augmente et cela provoque le rejet par les coraux de leurs algues symbiotiques, c’est pourquoi ils deviennent blancs. On peut observer ces phénomènes dans des zones bien précises. Parfois le récif reprend vie après un blanchissement car la température baisse suffisamment vite, mais certains n’ont pas survécu. Au Phare Amédée, tout autour de l’île, après les grosses patates du bord, on peut observer du corail mort. C’est un récif qui a été blanchi en 2016 et qui ne s’en est pas remis. Le blanchissement des coraux est l’aspect du réchauffement de la mer dont les conséquences sont les plus visibles en Nouvelle Calédonie. Les écosystèmes des récifs abritent la biodiversité et donc qui nous apportent un aspect nutritionnel, culturel, touristique. De plus, ils nous abritent des fortes vagues.
« A l’avenir si rien n’est fait, la barrière de corail va blanchir puis ses coraux vont devenir de plus en plus lisses pour, au final, difficilement retenir la force des vagues qui pénètrent dans le lagon et donc offrir moins de protection »
Ce phénomène sera accentué par la montée des eaux. En effet en temps normal lorsque le niveau de la mer monte, le corail monte également. A l’avenir, si la barrière de corail meurt, les coraux ne pourront plus pousser pour compenser la montée des eaux. Le réchauffement combiné à la montée des eaux risquent de créer dans le futur, des lieux dans le lagon où l’énergie de la houle n’est plus amortie et augmente l’érosion de la côte.
« La montée des eaux est observée en Nouvelle Calédonie comme partout dans le monde, et il est prévu 80 cm de plus d’ici 2100. »
Cela implique des zones inondées, des terres envahies d’eau salée et donc infertiles. De plus, les houle cyclonique, et naturelle se superposent au niveau de la mer, ce qui augmente l’érosion Ces phénomènes sont malheureusement biens documentés dans le rapport du GIEC. L’ensemble des scientifiques savent que la température va continuer d’augmenter et avec elle, toutes les conséquences associées.
Des solutions pour la Calédonie ?
Les solutions vont dépendre des conditions et de la configuration du lieu précis.
« Par exemple, l’érosion de l’Anse Vata est principalement causée par les cyclones et la houle, et il est probable que la montée des eaux n’a qu’un rôle secondaire aujourd’hui. La solution choisie a été de créer une véritable forteresse pour faire face aux attaques de la houle. »
Il y a eu de mauvaises expériences dans le pacifique notamment créées par un manque de solidité. Ainsi, des gouvernements ont fait construire des dizaines de kilomètres de digues de béton afin de renforcer des plages et une dizaine d’années après les murs étaient complètement effondrés et disloqués. Il s’agit au final d’une question d’entretien et de moyens. Une autre solution est de surélever les maisons, ce qui permet de sauver l’intérieur des maisons en cas de houle cyclonique et qui confère aux maisons une plus grande résistance aux tempêtes. Dans le cas de certaines côtes de Touho et de la côte Est, il y a déjà une érosion. Une solution envisageable pourrait être de se replier vers l’intérieur des terres. Pourtant le déplacement est souvent un dernier recours et le dernier souhait des populations attachées à leurs terres et à leur histoire. Les mangroves et la végétation aquatique vont amortir les houles et servir de protection. Au cas où une mangrove, qui faisait face à une plage, est enlevée, la plage se fera éroder par les vagues. Planter des mangroves peut donc être très utile pour protéger la côte.
Une autre solution est déjà testée à titre expérimental aux îles Fidji. Il s’agit des murs hybride.
Il s’agit tout d’abord de créer une digue avec de l’ingénierie locale et artisanale (pas de béton, uniquement des empilements de pierres issues de carrières locales). Cette digue possède une forme particulière qui lui permet d’être régulièrement entretenue par les habitants du littoral. Devant cette digue, on plante des mangroves qui absorbent et diminuent l’énergie des vagues. Derrière ce mur, on plante une ligne de végétation soigneusement choisie afin de renforcer le sol, son accroche et sa solidité. Cette solution hybride est donc en partie humaine et en partie naturelle, végétale et de plus, complètement envisageable sur certains sites de Nouvelle Calédonie.
Une autre option est la recharge en sable.
Ainsi, une drague pourrait aspirer du sable pour le rejeter sur la plage. En effet, le sable qui était auparavant sur la plage n’a été que déplacé par le courant. Il s’agit d’une solution tout à fait envisageable en Nouvelle Calédonie et par exemple à Ouvéa où le sable abonde dans le lagon et donc où il n’est pas nécessaire de créer des carrières terrestres. Cette solution presque naturelle doit pourtant être précédée d’une étude d’impact afin de ne pas détruire des écosystèmes…
Création d’un atlas des surcotes par l’IRD
Qu’est-ce qu’un océanographe ? Un océanographe fait des recherches sur l’océan, sur sa circulation, son interaction et son évolution avec le climat. Il n’y a que quatre océanographes physiciens à l’IRD Nouvelle Calédonie. On peut différencier l’océanographie physique de la climatologie et de l’océanographie géochimique. Les océanographes physiciens travaillent principalement en collaboration avec des biologistes marins. Ceux-ci vont s’intéresser aux différentes formes de vie dans l’océan. Alors que les océanographes physiques vont plutôt s’intéresser aux courants, à la température, à la salinité, et les géochimistes aux variations chimiques. Les travaux de la communauté des océanographes sont utilisés pour comprendre et produire des données sur les changements climatiques. Leurs données peuvent être utilisées afin de conseiller des actions et décisions des décisionnaires, elles permettent de mieux appréhender des situations afin d’aboutir sur une prise de décision éclairée. Dans les nouveaux projets, les scientifiques rassemblent les décisionnaires, les institutions, les associations, les coutumiers afin que les recherches aux soient établis au plus proche des besoins.

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